Le terme « Génération Y » désigne les jeunes de 15 à 30 ans, et dont les parents sont souvent des baby-boomers. Au nombre de 13 millions, ils représentent 20 % de la population française. On les dit individualistes, impatients, zappeurs, mais aussi créatifs, généreux, entreprenants. Ils fonctionnent en réseau, sur internet et avec leurs proches. Ils sont allergiques à la hiérarchie. Qu’ils soient lycéens, étudiants, ou tout juste entrés dans le monde du travail, leur comportement nous interpelle.

L’appellation « Génération Y » tire tout simplement son nom de la génération précédente, nommée « Génération X ». D’autres termes existent pour la désigner, en particulier « l’e-génération », en référence à l’utilisation massive que font ces jeunes de l’informatique et de l’électronique portable.
Ils considèrent comme acquises, parfois dépassées, les transformations morales des années 70. S’ils ont grandi dans une Europe géo-politiquement plus stable, ils ont observé et parfois subi dès leur plus jeune âge les effets d’un monde de plus en plus complexe, de plus en plus incertain.

Les enfants de la technologie, de la mondialisation.
Ainsi, la Génération Y n’a pas connu le monde sans SIDA, sans les premières alertes climatiques, sans les bouleversements économiques induits par la globalisation des échanges. Elle a grandi dans un monde anxiogène où la visibilité est minimale et le risque maximal.
Comment vont vivre et évoluer ces enfants de la technologie, de la mondialisation, de la crise écologique, dotés d’un certain confort matériel mais confrontés à un réel inconfort moral ?
Ils sont souvent jugés individualistes, impatients, en quête des repères qui leur ont manqués, dans des familles séparées ou recomposées, sans trop de croyances ni valeurs. La relation à la famille a changé : une famille qui joue un rôle de filet de sécurité, qui est un lieu de rappel économique et affectif, et non plus un lieu qui édicte des normes. Ils sont passés de la famille repère à la famille refuge.

Les jeunes de la Génération Y affichent un réel intérêt pour l’écologie, qui était précédemment l’affaire d’une minorité. Leur sentiment d’appartenance à l’Europe est assez marqué : ils ont peu connu les monnaies nationales et participent de plus en plus nombreux à des programmes d’échanges européens.
Si on les juge parfois instables, arrogants, ils veulent en fait être différents des autres, innovants et non plus être les premiers de la classe. C’est une génération de créateurs d’entreprise en puissance, qui veut conserver sa liberté et faire ce dont elle a envie, sans contrainte.

Un rapport différent au temps
Autre caractéristique de la Génération Y : elle s’inscrit dans l’immédiateté. C’est le « tout, tout de suite », la prise en compte du temps réel. Les événements sont moins vécus, pensés, ressentis, racontés qu’immédiatement repris et relancés.
Les jeunes de cette « Génération zapping » ont des centres d’intérêt diversifiés, des motivations provisoires, une appartenance multiple, des branchements éphémères, et des valeurs en construction.

Que l’on nous parle d’adulte à adulte
Enfin, leur rapport à l’autorité, a complètement changé. Cette génération cherche à s’imposer à ses aînés, à la hiérarchie.
Dans la relation aux enseignants ils demandent à être considérés comme des adultes : « que l’on nous parle d’adulte à adulte ». Dans l’entreprise ils tutoient facilement leur supérieur  et en attendent de la considération : « Tu n’es pas mon supérieur, mais un collègue qui a des responsabilités différentes ».
Pierre GIORGINI, Directeur de l’ISEN, le confirme : dans la famille, la vie associative, l’entreprise, nous sommes passés d’un modèle hiérarchique à un modèle en réseaux de régulation et d’influence. Nous sommes passés de l’autorité au leadership, du pilotage à l’influence.
Les jeunes de la Génération Y formeraient donc une génération mutante, qui peuple les lycées et les Universités et qui entre petit à petit dans le monde du travail.

Faire éclore les talents
Dans le monde de l’éducation, la formation et l’accompagnement de la Génération Y nécessitent d’adapter les pratiques pédagogiques, et de revoir quelques fondamentaux de notre système.
D’abord, privilégier le savoir-faire et le savoir-être. En donnant plus de place aux études de cas, à l’apprentissage par problème, à la réflexion, à la formation humaine, on lèvera le risque d’une culture patchwork peu intégrée, d’une pensée butineuse favorisée par l’emploi immodéré de l’outil internet.
Notre système d’éducation doit d’autre part être davantage fondé sur l’idée de progression plutôt que de sanction : « j’ai progressé en compétences » plutôt que « j’ai réussi où j’ai échoué ».
Veillons à ce que les Universités et les Grandes Ecoles, considérées parfois comme des « raffineries », qui privilégient la note et le classement, deviennent des « pépinières » qui favorisent  l’éclosion des talents et l’évaluation des compétences.

L’entreprise doit manager différemment
De leur côté, les entreprises et le milieu professionnel vont devoir modifier leur mode de management pour intégrer les jeunes de la Génération Y. Ceux-ci considèrent en effet que le travail reste central, mais qu’il n’est plus une valeur en soi. C’est un lieu de reconnaissance leur permettant de se réaliser personnellement.
Face à cette attente, les entreprises ont à donner du sens au travail des jeunes de la génération Y : un travail même difficile, qui produit du sens, entraîne une performance qui s’inscrit dans des repères sociaux clairs.
La Génération Y vient donc bouleverser les rapports à l’apprentissage, au savoir, au temps, au travail, à la vie familiale et sociale. En recherche d’identité, soucieuse autant de développement personnel que de métissage culturel, elle est en quête d’idéal, celui d’être soi-même et de réussir sa vie.

 

Francis DEPLANCKE
Directeur de l’Institut de l’Entrepreneuriat

Publié: 24/08/2009 00:00  par  Aude | avec  0 commentaire(s)
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